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 L'âme des Proscrits

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Drasah
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MessageSujet: L'âme des Proscrits   Lun 22 Aoû 2011, 23:21

Nombreux sont ceux qui, ces derniers jours, ces derniers mois, se sont demandés ce qu'étaient devenus les deux anciens Maîtres Selenytes, les amis de toujours et collègues d'antan Vic et Drasah. Certains avaient leur hypothèse bien à eux, tangible ou non, d'autres changeaient d'avis comme de chemise au cours des rumeurs et d'autres encore s'en moquaient éperdument, profitant innocemment de la vie chaque jour que les Dieux leur donnaient.

Aucun, parmi ceux persuadés de détenir la vérité, ne se rapprochait ne serait-ce qu'un minimum de ce qui s'est réellement passé. Parents, éloignez vos enfants des lignes qui vont suivre. Et toi, lecteur aventureux au coeur vaillant que rien n'effraie, prépare-toi à lire une histoire qui, bien que bousculant ce que les humains appellent "réel", est on ne peut plus vraie.

Découvre l'histoire de ceux qu'on appelle, au-delà des frontières de notre bonne Amakna, les Proscrits du Givre.


Mélodie éternelle,
Éclat de liberté,
Proscrits


Dernière édition par Drasah le Mer 24 Aoû 2011, 20:42, édité 1 fois
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Vic
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 17:53



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Le Givre laisse son emprunte partout,
il immobilise, gèle et désarme quiconque se met sur son chemin..
Le Givre est éternel et immortel.


Pour atteindre cette puissance, un groupe d'élus, connu sous le nom d'Ordre du Givre, recherche l'immortalité.
Quiconque se met en travers de notre route sera éliminé
Quiconque pense que la vie ne vaut rien sera abattu
Quiconque estime que nous tendons tous vers le bien sombre dans la folie

Le bien et le mal n'existent pas, la paix et la guerre ne sont qu'illusions.

La seule différence est notre condition de mortel, ou d'immortel qui fait la différence entre ceux qui ont le pouvoir, et ceux qui ne l'ont pas.


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Drasah, au commencement

C'était le premier samedi du mois et, comme chaque premier samedi, Drasah se rendait à la taverne du Feubuk pour entendre son ami et comparse Kloridrik Prenlapanse raconter les plus folles histoires. Il était conteur et plutôt doué dans ce qu'il faisait. Certains racontent même que c'est Cra elle-même qui lui aurait donné précision et exactitude qui font de si incroyables histoires... L'écaflip se posta silencieusement sur une poutre de la charpente et, dominant la salle, il écoutait. C'était sa place préférée ; le son est une onde ascendante ce qui lui permettait de bien entendre la voix de Kloridrik. De plus, cette position lui permettait de rester dans l'ombre. Il savait comment cela allait commencer et connaissait toutes les histoires que le conteur connaissait, voire même plus et pourtant, pourtant, il était là, assis sur cette poutre, les jambes flottant dans le vide.

" Qui veut entendre une histoire incroyable ? Vous tous je présume, c'est pour cela que vous êtes ici ! Comme toujours, je vais choisir quelqu'un qui pourra me demander l'histoire qu'il souhaite entendre ! "

Il observa la salle quelques secondes puis son regard s'arrêta sur un petit garçon d'à peine dix ans et dont la timidité n'avait d'égale que la longueur de ses cheveux. Tout d'abord, lorsque Kloridrik l'interrogea, il détourna les yeux, cachant son visage puis, doucement, il soutint le regard du conteur et murmura :

" Je.. Je voudrais que vous racontiez l'histoire de Drasah.. L'ami du vent. "

Quelques murmures traversèrent la salle. La légende de Drasah était célèbre et pourtant fort peu connue. Certains racontent qu'une malédiction l'entoure, mais ce ne sont que des légendes. Un observateur avisé aurait remarqué, sur la plus haute poutre de la bâtisse, une ombre qui se raidissait au son de son nom.

" La légende de Drasah ? Eh bien, tu n'as pas froid aux yeux petit ! Et bien soit, qu'il en soit ainsi ! Installez vous confortablement car voici l'histoire de Drasah "
Comme à chaque fois que l'histoire de Drasah était racontée, un silence meublait la taverne. Pas un vrai silence, en effet, certaines personnes se parlaient mais elles ne parlaient pas vraiment, elles comblaient un vide qui les effrayait.

Puis, lentement, la salle se vida petit à petit et, lorsqu'il ne restait plus que le tavernier et Kloridrik, Drasah se laissa tomber dans le vide, crocheta une poutre au dernier moment, pivota et atterrit sur ses deux pieds, face à son ami.

" Mais qu'est-ce qui t'a pris de raconter mon histoire ? Tu sais que je ne supporte pas ça ! "

" C'est une partie de toi Drasah, tu ne peux le nier et tu dois même l'accepter et l'assumer ! "

" Mais... C'est si loin maintenant... Je ne suis plus ce personnage dont parle les histoires. "

" Si, c'est encore toi et ce sera toujours toi... Il faut juste que tu ouvres les yeux. "


-------------------------------------------------------------------------------------------

Des semaines avaient passé depuis cet évènement et Drasah n'y pensait plus, l'avantage d'être une légende à la place d'être une célébrité, c'est que personne ne connaissait son visage. C'était un jour comme les autres, comme ceux qui n'existent que dans les histoires mais qui, au fond, sont ordinaires. La température était douce toutefois pour un début d'Octolliard mais le soleil traversait allègrement les feuilles rouges, oranges et brunes pour le plus grand plaisir de l'écaflip. Il sortit sa hâche et entama la découpe d'un bel érable lorsqu'une main lui agrippa l'épaule. Il voulut se retourner mais la puissance de la main l'en empêchait. Il sentait les doigts de cet inconnu s'enfoncer dans sa chair, il fallait agir ! Il saisit sa hâche et, d'un mouvement qui pourrait paraître nonchalant, l'envoya en arrière. Un mouvement qui n'avait rien d'incroyable si ce n'est sa précision. Le manche de la hache vint percuter l'arcade de ce qui se révéla être un disciple de Pandawa.

Lorsque celui-ci gisait au sol, Drasah soupira... L'ivresse des disciples de la déesse saoule pouvait les amener à faire des choses stupides. Il récupéra son outil et s'apprêta à s'en aller. Cependant, lorsque l'homme se releva et se remit en garde, Drasah s'arrêta et le jaugea : il n'était pas saoul. Il laissa tomber sa hache au sol et se saisit d'une immense lame aux reflets d'or. Elle était trop lourde pour lui permettre de porter son bouclier mais peu lui importait, il était prêt à en découdre.

Les deux adversaires se mesurèrent un moment. Quelques minutes, quelques secondes ? Impossible à déterminer avec certitude. C'est le pandawa qui lança la charge en invoquant l'eau. Deux énormes vagues vinrent se fracasser sur le torse de Drasah, le projetant au sol. Il se releva rapidement mais son adversaire était déjà sur lui. L'écaflip ne voulait pas le blesser, juste l'immobiliser pour comprendre ce qui se passait et calmer l'ivrogne qui sommeillait en chaque créature de l'île de Pandala. Rien à faire, il enchaînait les vagues et les coups de pied, forçant Drasah à reculer. Ce dernier ferma alors les yeux et médita un moment, hors du temps. Il se rappela des mots de son ami :

" Si, c'est encore toi et ce sera toujours toi... Il faut juste que tu ouvres les yeux. "

L'écaflip ouvrit alors les yeux et redevint la machine à tuer qu'il était. Il bondit, attrapa la branche d'un arbre, se balança et puis sauta sur le disciple de Pandawa. L'action n'avait pas pris plus de trois secondes. Son agresseur était à terre et Drasah l'immobilisa avec quelques cartes bien placées. Il dévisagea le pandawa avec tristesse et mépris et, sans lui laisser le temps de dire quoique ce soit, lui enfonça son Az'tech dans la gorge.

L'idée cependant d'être un tueur sans coeur le révolta, il s'éloigna du corps et s'allongea contre un arbre pour se calmer. Une fois revenu à son état normal, il jeta un rapide coup d'oeil au corps inanimé qui gisait à quelques mètres. Sans pouvoir l'empêcher, il se pencha alors et vomit toutes ses tripes, tant son attitude et sa cruauté le révulsaient. Il lui fallait débuter une autre vie, ailleurs, là où personne ne savait qui était Drasah, l'ami du Vent.

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Il avait entendu parler d'une île nommée Frigost où il pourrait refaire sa vie. Il n'hésita pas et fit ses bagages pour s'embarquer dans le premier navire en direction de ce que les gens appelaient "l'île de glace".
Le voyage se passa sans encombre si on omet un peu de vomi de pauvres fous qui avaient le mal de mer et la bagarre qu'avait déclenchée son extraordinaire chance au jeu. Quand les hommes perdent trop d'argent, ils accusent de tricherie, toujours...
Lorsque le capitaine annonça que Frigost était en vue, Drasah monta sur le pont. Quelle ne fut pas sa stupeur...

" Oh mon Dieu... "

" Oui, c'est généralement ce que les gens disent la première fois "
dit le capitaine, que la réaction de Drasah, qui devait apparemment être celle de nombreux aventuriers, amusait beaucoup.

" Ça dépasse tout ce que j'ai pu imaginer. "

" Boarf tu sais, tant qu'il y a une taverne et un bordel, c'est pas si différent que chez nous hein ! "


Et il s'éloigna d'un rire gras et idiot qui caractérisait si bien les gens de son espèce, misérables et profondément humains.

Quelques minutes plus tard, Drasah posa son premier pied sur l'île glacée. Il faisait froid mais c'était supportable et il se dirigea d'un pas décidé vers la taverne.

Il s'arrêta sur le pas de la porte et regarda attentivement la population de la taverne. Comme l'avait si bien dit le capitaine, c'était pas si différent que chez nous. Des matelots jouaient aux cartes dans un coin et une jeune serveuse avait du recevoir beaucoup de kamas pour accepter ce qu'un vieux dégueulasse lui faisait subir derrière les tonneaux. Enfin, des pauvres gars solitaires attendaient on ne sait quoi en buvant leur bière. Certains venaient pour oublier, d'autre pour oublier d'oublier et d'autres encore parce qu'ils avaient oublié.
Cependant, parmi la foule, Drasah reconnu un visage familier : une énorme touffe de poil qui discutait avec une jolie fille ; Vic, sans aucun doute. Cependant, il avait l'air de draguer passionnément et Drasah se dit qu'il valait peut-être mieux attendre. Il s'installa à une table proche du disciple de Sadida et écouta leur conversation. Les jolies phrases de Vic le faisaient sourire mais il ne put s'empêcher d'avaler de travers lorsqu'il entendit ces quelques mots :

" Attends, t'es entrain de me dire quoi ma jolie ?! "" Je viens de te dire que j'avais 443 ans... "

" Tu te fous de qui là ? Tu termines tout juste ta puberté ! Y'a encore quelques semaines t'avais de l'acné plein la figure ! "


" Tout les habitants de cette île sont très âgés ! Notre plus vieil habitant a cessé de compter depuis longtemps tellement c'est ridicule "

L'immortalité... Il avait entendu deux matelots en parler mais ils avaient tous les deux dit que c'était qu'une légende et, vu l'odeur de rhum qui exhalait de leurs bouches mal lavées, il n'y avait pas prêté la moindre attention. Mais là, il était sidéré par ce que la jeune fille venait de dire.
Il laissa son ami Vic terminer son discours auprès de sa belle et, au moment où il quittait la taverne, il le suivit. Grâce à la neige qui recouvrait les rues, suivre quelqu'un était enfantin.
Il rattrapa Vic en quelques minutes et lui tapota l'épaule :

" Hep le héros ! "

" Drasah ?! Comment ça fait plaisir de te revoir ! Qu'est-ce que tu fous ici ? "


" Peu importe et moi aussi ça me fait plaisir mais, dis-moi, cette histoire d'immortalité, tu penses que c'est vrai ? "

" Sérieuse ou pas, je vais aller te vérifier tout ça ! Si c'est faux, je lui casse la gueule, mais si c'est vrai, je sauve le peuple et à moi la gloire ! Ah ah ah! "

" Et il est hors de question que tu le fasses sans moi ! Je t'accompagne ! "


Et deux ombres s'enfoncèrent dans le brouillard, un écaflip et un sadida, deux amis, deux âmes, liés à tout jamais.




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Vic
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 18:02

Vic, l'espoir d'un jour



"Mais bordel, qu'es ce que vous avez à vouloir tuer tous les gens qui vous entoures ?!"

Détachant son regard de la feuille qu'il avait entre les mains, le mercenaire baissa la tête en direction de ceux qui lui faisait face. A en voir les traits de son visage, il était tout sauf heureux.

"C'est le troisième cette semaine ! Vociféra t-il. Le troisième contrat d'agression ! Je suis d'accord de distribuer la mort pour quelques pièces, mais là vous exagérez ! Tous ces pauvres gars, ils vous ont fait quoi au juste ?"

Soumis à genoux, les trois clients n'osaient lever les yeux en direction du sadida. D'une petite voix efféminée, le disciple de cra qui se tenait sur la droite osa, émit :
" Il nous a insulté dans la rue devant tout le monde... "

Sur ces paroles, le mercenaire sentit le sang lui monter à la tête. Dans de grands gestes peu maitrisés, il explosa :

"Et vous pensez qu'il mérite la mort ?! Ce brave type remplit d'idéaux qui ne rêve que découvrir les tréfonds de notre monde ?! Qui me dit que vous ne l'avez peut être pas cherché..."

"Ne dites pas ça chef, jamais on oserait..."
Intervint le jeune sacrieur, posté à la gauche, au faciès d'adolescent, un arc accroché dans son dos.

"Rhaaaa !!! Et arrêtez de m'appeler chef, ça me fous hors de moi ! Si ça continu, le contrat d'agression sera sur vos petites gueules si vous intervenez encore une fois devant moi ! Allez ! Disparaissez !"

D'un geste non contrôlé, le selenyte explosa la petite table à sa gauche, d'un mouvement de l'avant bras, illustrant ainsi son doux caractère.
Tapissant leur pantalon d'une épaisse flaque jaune, les trois compères n'y réfléchir pas à deux fois avant de prendre la fuite, en poussant de grands cris de petite fille.

Un silence pesant s'installa dans la modeste salle. Occupée d'une large table en son centre, quelques armoires à bordels de ci de là et des mercenaires venant et sortant en tout sens. Ainsi était le quartier général des Selenytes. Quelques toussotements gênés vinrent octroyer l'ambiance de folie. Le sadida resta inerte, bras croisés, adossé contre le mur.

Mais quel boulot de merde ! En plus de n'être payé que dalle, la risée de la population ou encore de se faire cracher dessus par le consulat, voila que des imbéciles de clients venaient pourrir son peu de temps libre !
La respiration saccadé, le teint rouge vif, le mercenaire exultait de l'intérieur. Il n'en pouvait plus, et ça, n'importe qui pouvait le sentir. Si un gentil petit aventurier venait lui demander à cet instant précis ce qu'était les bouts de bois accrochés dans son dos, il finirait la tête encastrée dans un mur.

"Et merde !"
Sur ces mots, le selenyte traversa à grandes enjambées la pièce, claquant la porte derrière lui.

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Vérifiant une énième fois, Vic déploya le parchemin qu'il tenait à la main. Le portrait coïncidait exactement avec la personne qui se trouvait à quelques mètres de lui. Quel hasard ! Voila trois jours qu'il poursuivait ce gars là, et il le trouve aujourd'hui, en pleine forêt d'Amakna, à pisser contre un arbre !
Attendant que la dite cible remonte son futal, le mercenaire l'apostropha d'un geste de la main. La politesse était de rigueur, même avec ceux qu'on devait tuer pour une bourse ou deux.

"Eh ! Toi là bas ! Avec l'engin gros comme mon petit doigt de pied ! Ouais c'est à toi que je cause !"

Le iop, ne comprenant pas la subtilité de la provocation, s'approcha, un air naïf sur le visage.
Vic n'attendit pas, il combla la distance avec son assaillant d'une fraction de seconde, plaqua ses deux énormes mains sur la tête du gars, et lui rompit la nuque d'une torsion plutôt exagérée.

S'assurant que l'écume qui débordait des lèvres du iop était synonyme de mort, il lâcha le corps, inerte.

"Désolé mon gars, t'étais que de cercle 86. Je ne m'attarde pas trop sur les lopettes dans ton genre."

L'attrapant par un bras, le selenyte reprit sa route, tractant son butin derrière lui. Il ne restait plus qu'à emmener le corps au client et empocher les kamas. La routine.

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"Bordel de bordel, c'est quoi ce truc là ?!"

Accroché au mât, les jambes en croix autour de l'épais poteau, une main en visière, Vic regardait le paysage défiler.

La neige lui recouvrait le visage, sa barbe ondulant au gré du vent. L'énorme continent glacé se profilait à l'horizon.

"Yahaaaa, ça c'est Frigost mon p'tit gars ! Et nom d'Dieu ! Attends d'y voir les poulettes qu'on peut y trouver ! Et j'te parle même pas du rhum !"

Baissant la tête, Vic reconnu un des marins du navire. A l'entendre, il semblait content d'y aller. Ce n'était pas le cas du sadida. Il venait de rendre son titre de mercenaire, l'esprit encore embué par l'alcool. L'amertume et le regret lui morfondait l'esprit. Voulant changer d'air, Vic avait décidé d'embarquer pour Frigost, non par plaisir, mais par contrainte, ; cette terre sans âge ne l'attirait pas, et il y faisait un froid à s'en mordre les doigts.

"Cap'tain ! La quille du navire a craqué et les cales prennent la flotte !"

Le sadida se maudit de tout son être. Pourquoi avoir choisi d'aller sur cette foutue île ?

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"Attends, t'es entrain de me dire quoi ma jolie ?!"

La jeune fille qui lui faisait face sourit, étirant ses lèvres d'un rouge vif.

"Je viens de te dire que j'avais 443 ans..."

Les yeux exorbités, Vic dévisagea l'adolescente qui lui faisait face. Cheveux blonds, yeux bleus, un visage ovale d'un teint blanc crème, elle était belle mais jeunette. On lui donnerait facilement dans les vingt ans.

"Tu te fous de qui là ? Tu termines tout juste ta puberté ! Y'a encore quelques semaines t'avais de l'acné plein la figure !"

Cachant son expression moqueuse d'une main, elle gloussa avant de lui lâcher:

"Tout les habitants de cette île sont très âgés ! Notre plus vieil habitant a cessé de compter depuis longtemps tellement c'est ridicule"

Portant sa bière à sa bouche, Vic fit couler le sérum le long de sa gorge, s'irradiant de l'intérieur d'un agréable feu.

"En admettant que ce soit vrai... Pourquoi vivez-vous aussi longtemps ? C'est de l'abus ! Nous on crève arrivé à quatre-vingt dix voir cent pour les plus chanceux ! C'est de la discrimination territoriale ! Pourquoi chez vous, et pas chez nous ?!"


D'un signe du doigt en direction de l'aubergiste, le sadida commanda une nouvelle tournée pour son interlocutrice et lui.

"Nous n'avons rien voulu, ça nous a été imposé ! Je ne peux pas t'en dire plus, je n'en ai pas le droit. Mais sache qu'ici, sur Frigost, règne un hiver sans fin. Comme le cours de l'année est détraqué, le temps n'a pas d'emprise sur nous..."
"Le temps ?! Donc ce serait un xelor à l'origine de tout ça ?"
"Désolé Vic, mais je ne peux t'en dire plus. Cette pseudo immortalité n'est pas très enviable. Nous sommes nombreux à la haïr. Pour mettre fin à ces jours il faut se suicider. La vieillesse est tellement plus douce, calme et onctueuse, ..."
"Si tu aimes tant que ça de vieillir, pourquoi ne pas arranger ça ? S'il y a eut un problème, c'est que ça peut toujours se réparer ! Foi de sadida, je vais te régler ça sur mon honneur, ou du moins le peu qu'il m'en reste ! Si mon implication peut suffire à délivrer une population entière, alors je m'y attèle !"

Était-ce l'alcool qui embuait ses sens, ou bien la vue de cette jeune fille fatiguée de vivre qui le poussait à mener une telle quête ? Ou peut être la promesse d'être tenu en héros s'il tenait à déjouer cette malédiction ?

Se levant de sa chaise, le sadida traversa l'auberge pour gagner la sortie. Ses pas portés par la voix suppliante de la fille, l'incitant à laisser tomber, qu'on ne pouvait rien n'y faire.
Rien à foutre ! C'était un preux chevalier désormais ! La population de cette île pourrie avait besoin d'espoir, et Vic allait leur en donner !


" Hep le héros ! "

Une voix familière l'intercepta, à peine sorti de la bâtisse. S'extrayant de l'ombre, il reconnu son vieil ami de toujours.

" Drasah ?! Comment ca fait plaisir de te revoir ! Qu'est-ce que tu fous ici ? "

" Peu importe et moi aussi ça me fait plaisir mais, dis-moi, cette histoire d'immortalité, tu penses que c'est vrai ? "

" Sérieuse ou pas, je vais aller te vérifier tout ça ! Si c'est faux, je lui casse la gueule, mais si c'est vrai, je sauve le peuple et à moi la gloire ! Ah ah ah ! "

" Et il est hors de question que tu le fasses sans moi ! Je t'accompagne ! "


Et deux ombres s'enfoncèrent dans le brouillard, un écaflip et un sadida, deux amis, deux âmes, liés à tout jamais.
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 18:11

Les recherches


Des traces de pas ! Il ne rêvait pas, c'étaient bien des traces de pas ! Le Fricochère n'hésita pas et les suivit en trottinant, si il avait su... Mais ce n'était qu'un gros cochon de lait au final et les cochons de lait, ça ne pensent pas ! Et puis, à manger en cette période, c'était une aubaine ; aucun aventurier n'osait s'écarter si loin de la Bourgade par un temps pareil.
Voilà trois jours et trois nuits que le blizzard soufflait sans cesse sur l'île de Frigost. Les gens ne sortaient pas de chez eux, les animaux ne bougeaient pas ou peu. Enfin bref, à l'extrême nord du lac gelé, il y avait des traces de pas. Deux personnes sans doute, une très grande et massive, l'autre plus légère et agile. Deux longues pistes qui s'enfonçaient dans le brouillard. Le Fricochère n'hésita donc pas une seconde et les suivit en trottinant. Si il avait su...

Dix minutes après son heureuse découverte, une immense ronce épineuse sortie du sol et s'écrasa lourdement sur son dos, le plaquant au sol. Un osamodas vous aurait dit qu'on pouvait lire la peur et l'incompréhension dans le regard de l'animal. Mais le sadida et l'écaflip qui étaient à l'origine de sa mort s'en moquaient bien. Une carte apparût de nulle part et s'enfonça aisément entre les deux yeux de la pauvre bête, morte avant d'avoir compris ce qui lui arrivait.

L'action n'avait pas duré plus d'une dizaine de secondes.

"Bah, ça fera toujours ça de pris... Et au moins il n'attaquera plus les habitants de l'île."

"J'admire ton optimisme Drasah mais moi j'en ai marre là... Ca fait près de deux mois qu'on sillonne cette maudite île et on n'a rien trouvé, que dalle ! On est allé partout : chez les Givrefoux, chez les Boufmouth et les Mansot, même Ben le Ripate ne sait rien sur cette immortalité... Je commence à croire que cette foutue fille s'est moquée de moi !" Les gestes marqués par une colère non dissimulé, le sadida menait son amie à travers la tempête. Ils n'avaient aucune idée de la direction, mais le simple fait d'avancer faisait naitre l'espoir.

"C'est bon, calme-toi, moi aussi je ne comprends pas mais tu dois reconnaître que tous les habitants que nous avons croisés avaient tous plus de 200 ans, avant même qu'on leur ait expliqué notre histoire !"
Lui cria Drasah, pour couvrir la cascade de neige qui s'abattait sur leurs épaisses capes.

"Je sais, mais le fait de tourner en rond, ça m'énerve... Et puis merde, il fait froid !"
Prenant la direction des sous-bois qu'ils longeaient depuis un moment, le groupe disparu entre les arbres blancs.

Le repas se poursuivit dans le calme et la bonne humeur puis le sadida se coucha pendant que son compagnon prenait le premier tour de garde.

Il fallait bien reconnaître que leurs recherches n'avaient pas été bien fructueuses... A part les habitants qui étaient tous âgés comme des Chafers et quelques explications sur un certain Comte, rien ne filtrait. Peut être parce que personne ne savait quoique ce soit ! Leurs recherches n'avançaient pas et ils commençaient à perdre espoir, ni l'un ni l'autre ne serait un héros...

Quand Vic prit le second tour de garde, le vent se mit à souffler de plus belle. Le vent qu'il y avait sur Frigost n'avait rien de comparable à ce qu'on puisse trouver en Amakna ou même dans les Landes de Sidimote ; il est froid, très froid ! Également très puissant et certains légendes racontent qu'il peut geler un petit enfant sur place puis le faire tomber pour qu'il se brise. Bien sûr, ce ne sont que des légendes... Mais on n'est jamais trop prudent, surtout en cette période de Grands Vents.

Ce n'est que deux semaines plus tard que les deux guerriers firent enfin une réelle avancée ! Ils étaient à la taverne du Dernier Refuge en train de terminer leur lait de Mamansot quand Vic, par dessus le brouhaha de la petite salle, perçut quelques bribes d'une conversation :

"Oui, il parait qu'il a recherché l'ancienne Bibliothèque de l'Ancienneté et [...] tous très inquiets [...] jamais revu !"

"Oh mon Dieu mais c'est horrible ! Tu penses qu'il [...] et les hommes en noir [...] chance ou pas moi je te dis [...] mort [...]"



Ils avaient entendu parler de l'ancienne Bibliothèque de l'Ancienneté, tout le monde en avait entendu parler sur Frigost mais ce n'était qu'une légende, un mythe. Selon les plus âgés, il s'agirait d'un lieu qui existait avant l'arrivée de la glaciation et qui abritait tous les secrets de Frigost. Quand Djaul a maudit l'île, il utilisa cette bibliothèque pour travailler à son projet de glaciation puis l'ensevelit afin que personne ne puisse découvrir comment rétablir l'ordre du monde ! Mais ce n'était qu'une légende et cet endroit n'existait sûrement pas !

"T'as entendu ça Drassouille ? Cette foutue Bibliothèque ne serait donc pas un mythe ?"

"Laisse tomber, ils sont bourrés, ils savent même pas ce qu'ils disent..."

"Délires d'alcooliques ou non, ça fait toujours une aventure !"

"D'accord, partons à la recherche d'une bibliothèque disparue depuis des centaines d'années qui, selon une majeure partie de la population, n'existe pas et qui, si elle existe, aurait servi de repère à Djaul ! C'est vraiment ça que tu veux chercher ?"

"Moins on y croit, plus c'est attrayant ! Allez, on bouge de cette taverne pourrie."

Face à la détermination du sadida et à la force que contenait son regard, Drasah abdiqua.

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Leurs recherches pour retrouver l'ancienne Bibliothèque de l'Ancienneté étaient plus simples que ce qu'ils avaient dû affronter jusque là, et, après quelques semaines de recherches intensives, ils en apprirent l'emplacement. Elle n'était pas si loin du village enseveli et il ne leur fallut que 3 jours pour y parvenir.

" C'est ta bibliothèque ?! Lui cria Drasah, le vent lui fouettant les moustaches. Y'a rien ! On a chié pour avoir un renseignement potable, et que dalle !"

"Attends Dra', regarde ça."


Le disciple de sadida montrait une inscription dans le sol. "Par là", suivit d'une flèche qui pointait vers une crevasse sans fond.

"C'est bon, juste un gamin qui s'est amusé..." répondit Drasah dont le désespoir minait l'optimisme.

"Un gamin ? Il y a pas un chat à des kilomètres à la ronde et, avec le blizzard d'il y a trois jours, ça se serait effacé... Laisse moi tester un truc."

Vic effaça alors du pied les quelques mots et attendit. Il fallut moins d'une minute pour que l'inscription se réécrive d'elle-même dans la poudreuse. Ils réitérèrent l'expérience plusieurs fois, plus par amusement, pour obtenir le même résultat à chaque tentative. S'en suivit un grand moment de silence. Une minute, une heure peut-être ? Qui sait ? Mais lorsque Drasah prit la parole, c'est d'une voix forte et assurée qu'il prononça ces quelques mots :

"On descend voir ce qu'il y a, si les Frigostiens doivent être sauvés, ce sera par nous et personne d'autre !"

La descente fut périlleuse mais, au final, nos deux amis arrivèrent vivants en bas. Ils étaient dans une sorte de cellule carrée aux murs parfaitement lisses et, le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était vide. Mais il y avait une porte, un panneau de givre qui, avec les rayons du soleil, illuminait la cellule d'une lumière douce. Drasah saisit la poignée et entra dans l'ancienne Bibliothèque de l'Ancienneté.

Le spectacle qui accueillit les deux amis était d'une beauté indescriptible. Les livres racontent que les Kaniglous, réduits à l'esclavage par le Comte Harebourg, réalisèrent cette merveille d'architecture et de pureté bien avant la glaciation. La Bibliothèque n'était qu'une salle. Une seule grande salle rectangulaire de près de trois cent mètres sur cent. Le toit, qui était en réalité une coupole, était fait d'obsidienne ce qui donnait à la pièce une allure majestueuse. On percevait également deux allées latérales séparées de la pièce principale par douze colonnes faites également d'obsidienne.
Le détail et la précision des ornements de ces colonnes feraient crever de jalousie un collectionneur enutrof. Enfin, le plus important sans doute, les étagères. Magistral est le mot qui convient le mieux. L'idée que le Comte avait lorsqu'il fit bâtir cette Bibliothèque était que chaque personne se trouvant à l'intérieur ait le sentiment de n'être qu'un tofu à côté d'un Trool, un simple mortel à côté de l'immensité du savoir. Des livres. Par milliers. Parchemins reliés, uniques preuves d'une descendance fructueuse.

Après de nombreuses heures à rechercher ce pourquoi ils étaient venus, les deux ocmpagnons trouvèrent un rayon à part, plus petit, plus miteux... Et plus sombre que les autres. Sans doute les bouquins que Djaul était venu ajouter pour son travail personnel sur le glaciation.
Drasah et Vic les feuilletèrent tous, sans exception :
"Pourquoi le froid ?", "Aglagla le petit Ecumouth", "Kinder Pingouin ou la révolte du Mansot", "Comment glacer l'univers", "Glace vanille ou chocolat",... Puis, enfin, ils trouvèrent ce dont ils avaient besoin : "Effets secondaires de la glaciation : Immortalité, Monstres, Froid" ainsi que le tome 2 : "Comment en venir à bout ou les éliminer ?"

Il était donc possible d'annuler l'immortalité des Frigostiens et ainsi leur permettre un retour à une vie presque normale ! Les deux amis se regardèrent en souriant : ils avaient réussi !


Anxieux, Vic se retourna vers son ami.
"Attends, c'est tout gentil mais il y a un truc que je pige pas."

"Oui ?"

"T'as pas un grain de poussière ici, que dalle, c'est qu'il y a sûrement des gens qui viennent... Et si il y a des gens, ils sont sûrement au courant du livre que tu as dans les mains !"

"Et ?"

"Et donc, pourquoi est-ce que personne ne l'a utilisé pour aider les Frigostiens avant nous ?!"

"Tu veux dire... que certains verraient un bénéfice important à la glaciation et l'immortalité des habitants de l'île ?"

"Exactement, certaines personnes qui auraient beaucoup à perdre si on dévoilait leur secret et si on délivrait les Frigostiens de leur malédiction !"

A peine eut-il fini son explication qu'il s'effondra sur le sol. Drasah n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait que, lui aussi, s'écrasait par terre, inanimé.

Sombrant tous les deux dans le coma, ils n'entendirent qu'une chose avant de s'évanouir complètement, une voix forte et pleine de puissance.

"On les emmène !"
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Vic
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 18:19

L'incarcération de Vic

Premier jour:

Relevant les yeux, la tête couverte de sang, le sadida regarda une nouvelle fois en direction de la cellule opposée. Une fille à terre, deux types debout, en uniforme, le pantalon baissé, leur virilité à l'air, un sourire monstrueux ponctué d'un rire ignoble.

La vision le perdit de nouveau. Un coup de matraque cette fois-ci ? Putain qu'il avait mal ! Combien de fois qu'il perdait conscience ?! La cinquième ? Plus ?! Moins ?! Il ne savait le dire, la seule chose qu'il pouvait certifier, était qu'il se prenait une sacrée dérouillée et qu'un type gueulait de douleur à ses côtés.

Mi-conscient, Vic sentit qu'on lui cerclait de fer poignets et chevilles, ne pouvant pas s'empêcher au passage de lui placer un coup de genou dans le sternum. Crachant une gerbe de sang sur le sol, il fut trainer de force puis jeté à terre.

" Bienvenue en enfer ! "

Un silence presque insoutenable l'avait suivi pendant tout ce temps, voguant entre l'inconscience et un état très floue, où les détails lui manquaient, et voila la première phrase qu'il entendait, qu'on lui soumettait.
Merde, que lui arrivait-il ?!

-------------------------------------------------------------


Sixième jour :

Appuyé contre le mur de sa cellule, le sadida reprenait ses esprits peu à peu. Il ne savait combien ça faisait de temps qu'il était là, mais avait déjà repéré les principes de l'endroit où il se trouvait : Plusieurs fois dans la même journée, des types en noir venaient lui casser la gueule avec des outils diverses et variés. S'il ressortait en trop mauvais état, on l'emmenait dans une sorte de petite clinique pour le soigner, histoire de lui retaper dessus quand il en sortira neuf. Avec un tel procédé, on pouvait lui frapper dessus à longueur de temps, jouet infatigable, où la douleur était maitre du temps et ses cris preuves de sursis.

Le cliquetis de la serrure. La porte de la chambre d'à côté fut ouverte, des gardiens se ruèrent à l'intérieur pour en ressortir aussitôt. D'une marche pressée, ils passèrent devant la cellule de Vic ; portant le blessé à la manière d'un sac à patate. Le visage du gars était boursouflé, le nez cassé, le sang dégoulinant de son front meurtri.
Vic, dans un effort couteux, s'approcha des barreaux pour voir passer le petit cortège. Le corps tremblant, livide, il reconnut le type défiguré.
C'était Drasah.


--------------------------------------------


Quinzième jour :

Il avait fallu à Vic plus de deux semaines pour comprendre que les choses ne tournaient vraiment pas rond ici. Au début il se pensait en prison, pour on ne sait pas quel crime. Mais la réalité différait bien de son utopie. Les gardiens, silencieux tels des croquemorts, venaient lui taper dessus s'il posait trop de questions, ou le jugeait simplement conscient.

Les types en noir arpentait les longs couloirs mal éclairé. L'eau dégoulinait du plafond pour venir créer des flaques où se mêlaient l'urine, le vomit et le sang. Chaque couloirs comprenaient douze ou quatorze cellules. La pièce, que Vic avait appris à considérer comme son chez soit, ne comprenait ni lavabo, ni lit, ni fenêtre. D'une taille suffisamment grande pour que cinq ou six gardiens entrent pour lui taper dessus, la chambre était ouverte par une longue série de barreaux sur le côté gauche.

Face à la sienne se trouvait la cellule d'une fille. Après avoir vu le traitement qu'elle connaissait trois fois par jour, Vic chérissait le sien. Elle se faisait violer avant d'être battue et laissé inconsciente dans une mare de sang. Ou bien battue puis violée, les gardiens aimaient donner du feeling à leurs interventions. L'autre jour, ils l'avaient violé une seconde fois pendant qu'elle était inconsciente.


-------------------------------------------


Trente-deuxième jour:
" Bordel, vous êtes qui pour nous taper dessus comme ça ?! " Explosa Vic, secouant les barreaux de sa cage.
[...] Le gardien posté contre le mur, à sa droite, entre sa cellule et celle de Drasah, ne lui répondit pas, continuant d'observer d'une jouissance malsaine le spectacle qui se déroulait en face.

" Vous êtes qui pour juger du droit de vie ou de mort ?! Et l'humanité bordel ! Les Dieux vous ont reniés, c'est ça ? "

" Ne parles pas de ce que tu ne sais pas gamin "
Lui asséna l'homme en noir, laissant courir une main sur sa matraque.

" Je ne sais rien ! On nous frappe, on nous casse les os, on nous soigne pour nous taper de nouveau et vous, vous êtes muets comme des tombes ! La fille en face se fait violer, et ça vous fait bander ?! Nos vie ne sont que des jouets pour vous ?! "

Le gardien s'écarta du mur, fit tourner sa clef entre ses doigts, s'approchant de la cellule du sadida. Sifflant une petite mélodie en coin de bouche.

" On est enfermé, on ne sait même pas pourquoi, et on ne sait pour combien de temps ! Vous n'êtes pas humain ! Comment pouvez-vous passer vos vies à pourrir celle des autres ?! "

Faisant lentement coulisser la grille, quatre ou cinq hommes en noir déboulèrent dans la cellule de Vic, matraques en main.

" Si je sors un jour, je vous démonte la gueule ! Vous m'entendez ?! Je vous démonte la gueule bordel de mer... !!! "

Une frappe en travers de la gorge étouffa le reste de ses paroles. Le captif disparu, enseveli sous la tornade de coups.


---------------------------------------------


Soixante-dix-huitième jour :

Le bruit de la clef, la grille qui s'ouvre. Vic feinta de rester endormi, observant d'un œil le gardien.
Refermant la grille derrière lui, le type rangea son trousseau à sa ceinture et s'approcha, de leur démarche bien caractéristique, du Sadida. Un simple coup de pied dans les cotes lui intima de se lever.
Se relevant d'une torsion du buste, muscles bandés, Vic porta un coup de coude à la tempe de l'individu, avant de le saisir à la gorge.
Resserrant sa prise jusqu'à couper la respiration de son geôlier, le prisonnier hurla :

" Vous allez tout me dire et me faire sortir d'ici ! Sinon je tue votre pote et je n'hésiterais pas ! Je vais lui rompre les vertèbres bien plus facilement qu'à un kanigrou ! "

D'une voix étouffée, son otage siffla:

" T'es entrain de faire une grosse erreur... "

Une douzaine d'hommes en noir déboulèrent dans la cellule, armes braquées en sa direction.

" Dites moi où on est, et pourquoi ! Si vous ne répondez pas assez vite je le tue ! "

Un gardien s'avança, les mains levées en signe d'apaisement.

" Tu es enfermés car des personnes haut placées l'ont voulus. Le motif sur ta feuille d'incarcération est : recherches trop prononcées sur Frigost. Je ne peux pas te dire où tu es, ce lieux est tenu secret. Je t'ai répondu, relâches-le maintenant ! "

" T'appelles ça me répondre ?!
Rugit le sadida en serrant peu à peu la trachée de son otage. J'en ai rien à foutre de ton excuse d'incarcération ! Amènes moi au gars qui m'a enfermé moi et mon pote, que je lui casse la gueule ! "

" Non "

La réponse était claire, net et précise. Il était inutile de discuter plus, ces types ne voulaient pas le laisser sortir.

" Alors je vais le tuer ! Reculez maintenant ! "

" Et bien vas-y, tue le. "

Le calme que dégageait le gardien était déroutant, même effrayant. Il n'avait que faire de la vie de son associer.
Vic plaqua ses mains sur le visage de son détenu, et força la rotation jusqu'à entendre les vertèbres se rompre.
Il ne réalisa qu'ensuite ce qu'il venait de faire. A peine lâchait-il le pantin désarticulé, sans vie, qu'une foule de gardes se jetait sur lui, une écume de rage aux lèvres. Il allait morfler.


-------------------------------------------------------------


Cent-vingt cinquième jour :

" Aaaaaaaah !!! "
La fille de la cellule d'en face était morte depuis maintenant trois semaines. Les types avaient continué à la violer pendant encore quatre jours avant de débarrasser la cellule de son corps souillé. Le couloir entier empestait la mort. Cette odeur putride qui vous empêches de penser à quoi que ce soit, vous bloques les narines et retourne l'estomac.
Aujourd'hui la chambre avait trouvé un nouveau propriétaire : un jeune adolescent au faciès boutonneux.

Vic regardait les gardiens le démolir à coup de bottes. Son regard vide exprimait l'absence de sensation. Il était neutre. Extérieur à tout ça. Il ne se sentait concerné par la survie de ce gosse. Détournant les yeux, car jugeant plus utile à faire que de regarder ce théâtre inutile, il s'assit à terre et débuta une série de pompes.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus vu Drasah, pourtant il était dans la cellule d'à côté. Longtemps qu'il ne l'avait plus entendu crier aussi. Mais il savait que son ami était toujours là, bien présent. Se nourrissant des mêmes rancœurs que lui.
Se relevant, Vic s'approcha du mur qui séparait les deux cellules. Il donna un solide coup de poing dans la parois, effritant la brique et explosant les jointures de ses doigts.

Les cris du gamin emplissaient toujours le couloir. Cela commençait à devenir fatigant. En espérant que les gardiens finiraient par assommer ce morveux pour qu'il la boucle, ou même un coup de poignard en travers la gorge.
La réponse ne mit pas longtemps à revenir, deux coups firent trembler la brique, répandant un léger nuage de poussière. Il était toujours là. Bien présent. Compagnon impérissable. Frère d'arme et de rancœur. Se nourrissant par un volcan de haine.

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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 18:25

Incarcération Drasah

Premier jour :

Une goutte toutes les dix-sept secondes. Chaque dix-sept secondes, une goutte tombait du plafond et venait s'écraser sur le pied de Drasah. Chaque dix-sept secondes, il se rappelait qu'il était en vie. Il ne se souvenait pas de grand chose : ils étaient dans l'ancienne Bibliothèque de l'Ancienneté, lui et Vic, ils discutaient. Et puis plus rien, le trou noir, aucun souvenir. Seule une douleur intense sur le sommet du crâne lui indiquait ce qui s'était probablement produit : émerveillés par leur découverte, l'écaflip et le sadida avaient relâché leur méfiance et avaient donc permis à des hommes de les assommer et de les enfermer dans ce qu'il serait convenu d'appeler une cage. En face de la sienne, un vieillard qui n'avait plus que la peau sur les os le regardait. Ses yeux étaient vides de sens, vides d'émotion.. vides de vie.

Il était en train d'observer l'environnement qui l'entourait lorsque six hommes vêtus de noir entrèrent. Drasah se leva, prêt à leur demander des explications et à en découdre si il le fallait. Il n'eut pas l'occasion d'ouvrir la bouche qu'un coup de poing l'atteignait, le faisant tituber. Il essayait de retrouver son équilibre lorsqu'un pied heurta son torse, le projetant contre le mur. Que se passait-il ? Il essaya de se relever, d'articuler quelques mots, inutile, les hommes en noir firent pleuvoir les coups. Ventre, nuque, tête, genou, pas une partie de son corps n'échappa aux coups.

Lorsqu'ils le laissèrent pour mort, quittant nonchalamment sa cellule, un des hommes en noir l'observa et murmura :

"Ici, tout fonctionne simplement : tu ne parles pas, tu ne nous regardes pas et tu ne poses pas de question. Nous espérons que vous passerez un agréable moment en notre compagnie."

Il s'éloigna alors en rigolant, sûrement très fier de sa blague... Putain, mais où était-il tombé ?!


-------------------------------------------------------


Septième jour :

Une semaine que le disciple du Dieu Joueur était arrivé dans ce qu'il conviendrait d'appeler une prison ou un asile. La veille, il était allé pour la première fois dans ce que les gardes appelaient
"la Zone C". Il s'agissait d'une sorte d'infirmerie avec une poignée de disciples d'Eniripsa s'affairant autour de quelques corps inanimés, dont le sien. Le procédé était judicieux : dès qu'un détenu allait trop bien, on l'emmenait en Zone C, on le remettait sur pieds et on le renvoyait en cellule où il servirait de jouet pour les hommes en noir. De cette façon, les sujets ne mourraient pas et pouvaient encaisser un tel traitement durant des mois.
Alors qu'il était porté par un garde l'emmenant à l'infirmerie, il traversa le couloir et, dans la cellule à côté de la sienne se trouvait celle de Vic. Il essaye de lui sourire mais, face à un tel effort, tomba dans les pommes.


------------------------------------------------------------------------------------


Vingtième jour :

C'était la douzième fois en trois jours que l'écaflip était amené en Zone C. Pour une fois il était seul, ce qui était un fait assez rare. Il tenta de se redresser et, dans un soupir, demanda au chef infirmier ce qu'il foutait là et quel était cet endroit. Un homme en noir arriva et hurla :

"C'est pas parce que t'es ici que je peux pas te casser la gueule ! Alors tu la boucles où sinon je te ferai tellement mal que tu en voudras à ta propre mère de t'avoir mis au monde !"

Joignant le geste à la parole, il envoya son poing sur la joue de Drasah. Une fois de plus, le noir absolu.
Lorsque l'écaflip ouvrit les yeux, il était à nouveau dans sa cellule. Il se redressa, s'adossant sur un mur et remarqua qu'il n'était pas seul. Quatre hommes en noir le regardaient de haut et l'un d'entre eux murmura :

"Alors comme ça on pose des questions ?"

Un sourire sadique se dessina sur son visage.

A nouveau, le néant.


----------------------------------------------


Trente-troisième jour :

Le vieillard qui était en face de la cellule de Drasah était maintenant mort depuis trois jours. Son corps venait d'être enlevé, libérant enfin le couloir de cette odeur vomitive qu'est celle de la mort. Une jeune fille d'environ vingt-cinq ans venait de prendre sa place. Dans d'autres circonstances, Drasah aurait pensé à bien des choses cochonnes mais pas ici. Il savait ce qu'elle allait endurer, il l'avait déjà vu dans la cellule en face de celle de Vic.
Le premier viol ne se fit en effet pas attendre, elle n'était pas là depuis deux heures que deux hommes en noir virent la réduire au rang d'objet sexuel. Comme elle était mignonne à essayer de se défendre. Elle se débattait ce qui, mêlé au tragique et à l'horreur de la scène, tira un sourire à Drasah.
Horrifié par sa propre insensibilité, Drasah émit un sanglot. Il se recroquevilla dans un coin de sa cellule et, abandonné de tous, il pleura.
C'est alors qu'il entendit un bruit sourd, comme un poing qu'on cogne contre un mur. De l'autre côté, Vic lui faisait signe : il n'était pas seul.


---------------------------------------------


Quatre-vingtième jour :


Les jours se suivent et se ressemblent. Les coups qui pleuvent, la Zone C... les coups qui pleuvent, la Zone C... L'écaflip était à bout moralement et physiquement, il avait besoin de comprendre. Lorsque l'homme en noir chargé d'apporter les repas s'approcha, Drasah lui demanda du bout des lèvres :

" J'ai besoin de réponses, qu'est-ce qu'on fout ici ? Je ne me souviens de rien, je ne me souviens plus de la caresse du vent et du goût des fraises, je ne me souv... "

" Eh, regarde mon front : y a-t-il écrit que j'en ai quelque chose à foutre ? Non ?! Eh bien c'est parce que j'en ai rien à foutre ! "


Il accompagna sa dernière phrase d'un coup de pied à l'arcade, projetant le disciple d'Ecaflip au sol.
Même si il savait que c'était folie, Drasah ne put s'en empêcher, il se releva, rassembla ses forces et frappa l'homme en noir d'un énorme coup de coude dans le dos. La réponse allait arriver, il le savait. Vic avait tué un homme en noir quelques jours auparavant et les cris qu'il avait entendus étaient plus atroces et plus abominables que jamais. Et pourtant, l'écaflip frappa, il en avait besoin, il avait besoin de faire mal.

Mais il avait raison, la réponse ne se fit pas attendre : cinq hommes en noir entrèrent et firent regretter à Drasah d'être né. Le vomi se mêla à son sang, les larmes à sa sueur, le chagrin à sa haine.


-----------------------------------------------------


Cent-trente-et-unième jour :

La jeune fille en face de cellule était morte. Enfin. Ses cris et ses pleurs étaient insupportables et Drasah souhaitait depuis plusieurs jours que cette catin soit achevée. Son souhait avait été réalisé. Enfin ! C'était le neuvième cadavre qu'il voyait quitter le couloir et il était assez impressionné par la longévité de Vic et par la sienne.
Cependant, lorsque le corps inerte quitta le couloir après avoir été violé une dernière fois, l'écaflip fut choqué par son insensibilité. Chaque fois qu'un détenu quittait le couloir, mort, un drap blanc recouvrant son visage, les détenus l'accompagnaient de leurs pleurs. Cette fois-ci, il ne pleura pas, il n'en avait rien à foutre. Il tendit l'oreille ; Vic ne pleurait pas non plus. Il savait qu'ils partageaient le même sentiment, la même émotion ou plutôt, la même absence d'émotion.

Il était temps d'en finir


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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 18:32

Libres !

L'enfant retomba lourdement sur le dos, le visage en sang, mâchoire cassée. Il était méconnaissable. Cela n'avait guère d'importance, la mort venait de l'emporter.

Le guerrier s'approcha de la dépouille, mais ne s'arrêta pas pour autant. Ne lui accordant aucun regard, Vic passa à côté, poursuivant sa route. La mine froide. Il ne semblait pas ressentir le moindre remord malgré la violence de son acte. C'est peut-être la chose qui effraya le plus le mercenaire, prostré à califourchon sur une branche, à une vingtaine de mètres. Ce dernier avais assisté à la scène, involontairement, alors qu'il partait chasser le bouftou. Depuis sa cachette, il discerna une seconde personne qui rejoignit le sadida. Les deux guerriers marchaient côte à côte sur le petit sentier, dans sa direction. Le nouveau venu était un disciple d'Ecaflip que l'on devinait aussi subtil et délicat que son compagnon tant son regard était froid et ses gestes précis ; il semblait qu'aucun mouvement n'était laissé au hasard, qu'ils avaient tous un rôle et un but précis. Les deux se déplaçaient avec la même cohésion, dégageant une aura froide. Une aura de mort.

Alors qu'il s'estimait en sécurité dans sa planque de luxe, son chapeau de paille et ses habits de lin le dissimulant à la perfection dans l'épaisse végétation, le mercenaire fut rapidement pris de panique. Le premier regard que lui avait lancé le félin, placé sur le registre du hasard, ne l'inquiéta pas ; mais le second, bien plus prononcé, lui bloqua la respiration, le sang lui montant à la tête. Sa conscience lui criait que si ces deux là le trouvaient, il ne verrait pas la nuit tomber.

Attrapant d'une main la branche sur laquelle il s'était juché, il se laissa couler le long du tronc dans un silence absolu. Le clan lui avait apporté bien des choses, dont de nombreuses journées passées dans la forêt à se fondre dans la végétation. Il était devenu d'une agilité incomparable et, parant son saut d'un agile amorti, le mercenaire poursuivit sa débandade d'arbre en arbre, ne faisant bruisser aucune feuille malgré le sol de printemps.
Impossible que les deux types l'aient remarqué mais mettre un peu plus de distances entre eux lui permettrait de les suivre discrètement.
Du moins c'est ce qu'il pensait jusqu'à ce que, stoppant sa course pour passer un œil à travers un petit buisson de genévrier, il s'aperçut de la seule présence du sadida sur le sentier.
Où était passé le félin ?!
Tous les sens en alerte, le mercenaire adopta un pas plus précipité, plus bruyant : il fuyait. Fuyait pour sa vie. Il était un combattant habile ne comptant plus les victoires et les adversaires à qui il avait fait mordre la poussière, seulement la vue des deux tueurs le remplissait d'une crainte innommable.

" Tu es tellement bruyant que j'aurais pu te tuer dans le noir. "

Alors qu'il contournait un tronc massif, une voix l'obligea à relever la tête.
Perché sur une branche, à trois mètres du sol, l'ecaflip le fixait. Un regard de glace, figé.
Il reprit sur la même intonation, froide, exempt d'humanité.

" Il ne faut pas reproduire le silence. Tu dois l'incorporer au plus profond de ton âme. Mais tu n'es que mortel et, même si d'autres t'ont assuré que tes capacités et ton savoir faisaient de toi un combattant redoutable, il n'en est rien. "

" Tu vas me tuer ? Mais.. mais je n'ai rien fait, " balbutia le mercenaire qui, de seconde en seconde, perdait tous ses moyens.

" Il n'est pas nécessaire d'avoir fait quelque chose pour mourir. "

La tête toujours levée en direction du félin, le mercenaire sentit un frôlement sur sa gorge. Un simple passage. Promesse de mort.
Délaissant le corps inerte du mercenaire, Drasah rengaina sa dague après l'avoir essuyé sur les vêtements de sa victime.
Le traqueur finissait traqué et tué, le traqué était traqueur et tueur. L'ironie de la situation tira un sourire à l'écaflip puis d'une démarche furtive, légère et silencieuse, il retrouva son compagnon aussi vite qu'il l'avait quitté.

" Alors ? s'enquit Vic. "

" Un mercenaire, répondit-il simplement. "

" Ce que j'admire le plus, c'est ton insensibilité. "


Le sadida décrocha un sourire. Rappel de bien des souvenirs. Rappel d'une autre vie.
Les deux compagnons se trouvaient en Amakna. Ils y faisaient leurs premiers pas depuis bien des années, conscients qu'ils ne s'éterniseraient pas. Le continent glacé résonnait en eux avec tant de puissance. Ils se contentaient donc d'une simple ballade en souvenir des temps anciens. Mais leurs têtes finiraient tôt ou tard par être mises à prix, surtout après l'assassinat de plusieurs miliciens du roi, de quelques mercenaires et d'une poignée de villageois. Mais au fond, qu'en avaient-ils à faire ? Inutile de profiter de la vie si on décide que celle-ci soit éphémère. Seule l'immortalité pousse à vivre. L'existence n'a aucun sens car elle manque cruellement de défis... A quoi sert d'avoir tous les pouvoirs du monde si ta vie fait de toi un éternel insatisfait ?


-------------------------------------------


Un mois auparavant :

" Le prisonnier Drasah est demandé à changer de cellule en ce jour ! "


Une escadrille de douze gardes attendait devant les grilles du captif. Les hommes en noir s'étaient aperçus que les deux compagnons discutaient à travers un mur de briques aux nombreuses anfractuosités. Par prudence, devant les deux détenus, considérés comme hautement dangereux, ils avaient jugés bon de les séparer.

Les grilles de la cellule de Drasah s'étaient ouvertes à neuf heures.
Neuf heures et dix minutes, le signal d'alarme répandait sa douce mélodie dans tous les recoins du pénitencier.
Cinq hommes à terre, un otage dans les bras et le débris d'un miroir plaqué contre sa gorge. Drasah ordonna l'ouverture de la cellule conjointe.
A peine le déclic se fit-il entendre que la porte sauta, un tourbillon de muscles à sa suite. Trois hommes furent démembrés dans la seconde qui suivit.
La haine que le sadida conservait depuis une décennie l'emplissait aujourd'hui d'une jouissive utopie. Vengeance. Un mot qui en disait long sur les projets de deux compagnons.

Le couloir était étroit. Quelques corps en sang maculaient le sol. Deux groupes. D'un côté Drasah, Vic et un garde en otage, le débris déjà bien enfoncé dans sa gorge, de l'autre un rassemblement d'une douzaine d'hommes en noir, armés à souhait.
Entre les deux, la cellule d'une petite fille, accrochée aux barreaux, les yeux plein de terreur et d'horreur face à l'affrontement qui allait se dérouler.

Malgré plus de quatre mois passés sans combattre, les deux combattants se mirent en garde. Les lynchages et autres humiliations subies leur avaient permis de développer une endurance physique et psychologique hors du commun à tel point que, lorsqu'un poignard fusa à toute allure vers la gorge de Vic, promesse de mort, il l'esquiva d'un simple mouvement de tête.

De l'autre côté du couloir, les hommes en noir prenaient conscience que ce n'était pas qu'une simple rébellion de deux détenus, c'était une évasion. Des épées sifflèrent en sortant de leur fourreau et des poignards étincelèrent en sortant de leur cachette. Les deux détenus ne bougeaient pas. Un silence de mort régnait entre les deux camps et la nervosité était à son apogée. Un poignard fendit les airs, se dirigeant vers le coeur de l'écaflip. D'un geste ample et calculé, ce dernier l'attrapa au vol : il était à présent armé.
Ce poignard fut suivi par une dizaine d'autres qui finirent de la même façon : dans les mains des détenus. Malgré l'importance numérique des gardiens, le combat basculait et la peur commençait à se discerner dans les yeux des hommes en noir.
C'en était trop, Vic passa à l'attaque. D'un mouvement marqué par l'expérience et l'habitude, il lança un poignard vers l'adversaire le plus proche. L'objet transperça sa gorge et brisa sa colonne vertébrale. L'homme en noir cracha du sang et s'effondra sans avoir émis le moindre son.

Les deux guerriers ne bougèrent pas, ils attendaient l'attaque ennemie. Elle ne se fit pas tarder ; après avoir vu leur collègue tomber, les hommes en noir s'affolèrent et se lancèrent dans un assaut aussi désespéré que désorganisé. D'un accord commun, le sadida et l'écaflip passèrent à l'action. Une dague et un poignard dans chaque main, le félin semait la mort sur son passage, faisant preuve d'une agilité et d'une force exceptionnelle, une lame dans sa main gauche et de son unique poing droit, Vic exterminait les rangs ennemis usant d'une dextérité et d'une puissance sans pareil. Il ne fallut pas attendre longtemps avant que tous les hommes en noir soient étendus sur le sol dans un mélange de sang et de sueur.
L'un d'entre eux respirait encore quand Drasah le souleva par le collet. Après une minute à le regarder dans les yeux, où peut-être était-ce une heure, qui sait ?, le disciple du Dieu Joueur lui murmura :

" As-tu peur de la mort ? "

" Va crever espèce d'ordure, tu crois que tu es tout puissant mais tu ne sortiras jamais d'ici ! "

" Je prends ça pour un non, et il referma ses griffes acérées sur la gorge de son geôlier dans une explosion de sang. "

Il était temps de partir. Le sadida regarda autour de lui : toutes ces cellules qu'il avait observées pendant des mois. Bien que tous les détenus lui hurlaient de les libérer, Vic trouva l'endroit étonnamment silencieux. Il se retourna alors vers son ami, encore penché sur le corps d'un garde.

" Des remords ? "


" Jamais. "


Les deux comparses se regardèrent et sourirent : ils se comprenaient.

Vingt minutes plus tard, Vic fit sauter la dernière porte du pénitencier d'un coup de pied sauté. Le panneau de métal se dégonda dans un puissant bruit d'explosion, emportant avec lui les charnières et pans de mur.
Une lumière vive jaillit alors dans le couloir, inondant de beauté l'aspect putride des lieux.
Le jour ! Enfin !
Le sadida pleura. Certainement la dernière émotion qui lui échappait. Combien de temps étaient-ils restés enfermés là ? Combien de temps à espérer ?
Le soleil. Cet astre rougeoyant s'élevant dans les cieux. Ils en avaient oublié sa splendeur.

Drasah se décida enfin à lâcher son otage ; ce dernier qui avait perdu la vie depuis déjà un bout de temps.
Le spectacle qui se déroulait devant leurs yeux les émerveillait. Au centre des plaines de glaces, une longue écharpe de brume se déplaçait à la manière d'un serpent ; à l'Ouest, le sol s'ouvrait sur un immense précipice où les vagues venaient s'éclater sur les différents morceaux de banquises dans des éclatements d'écumes colorés d'azur. Plus au nord, un désert de neige et de givre. L'unique route à suivre. La voie du givre.

" Il n'y a pas de mot pour qualifier la beauté de ce paysage " souffla Vic, ses paroles bercées par un vent froid.

" Ce n'est pas terminé " répondit son compagnon, le regard devenu d'un bleu cobalt.

" Quelle voie devons-nous suivre ? "

" L'immortalité. Je veux mêler le ciel à la mer, confondre laideur et beauté, faire jaillir le rire de la souffrance. "

" Quelle voie devons-nous suivre ? "

" Le Givre. Emprunte éternelle d'immortalité. "

Leurs voix s'étaient lié. Chacun complétant les paroles de l'autre telle une poésie à la sonorité effrayante. Liés par le destin, liés par une même volonté, chacun suivait sa voie.

Sur un hochement de tête, les deux compagnons poursuivirent leurs pas. Leur fuite prenait peu à peu l'apparence d'une traque. Leur route serait sanglante à la poursuite d'un dessein obsédant. Ils savaient ce qui les attendait mais ils ne craignaient rien ; leurs têtes allaient être mises à prix, ils seraient exilés de la terre où ils avaient grandi, ils ne reverraient plus jamais le soleil se lever de cette façon si simple et si belle qui les enchantait quand ils étaient enfants. Mais ils s'en moquaient, proscrits ils étaient, proscrits ils resteraient.

Personne n'est fort, car tous sont mortels mais si l'on détient l'immortalité, alors même les dieux deviennent proies.
Le Givre est tout et rien. Néant et partout. Entêtant et obsolète. Chacun choisit sa voie, car toutes se rapportent à lui.
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 18:42

Bonsoir à tous,

Je clos ce récit sur ces quelques paroles :

Voilà plusieurs mois que Drasah et moi même nous sommes lancés dans un projet assez farfelus !
Créer un nouvel ordre role play sur notre beau serveur d'Hécate. Mais pas un de ces clans gentillets que l'on retrouve disséminés un peu partout dans le monde des Douze (J'exclus le consulat de mes propos).

Nous avions plus la vision utopiste d'un clan de guerriers immondes, à l'idéologie très noire, tuant et exterminant n'importe qui pour cause d'être mortel ! Des combattants sans scrupules, poursuivant la quête d'une jouissive immortalité.


Seulement le projet s'est dégradé au fur et à mesure que nous creusions l'idée, jusqu'à en être -tout deux- très occupé chacun de son côté sans pouvoir progresser là dessus.
Mais nous avions tout de même construit le "Background" de nos personnages, avec un immense plaisir.

C'est pourquoi, plus haut, vous pouvez lire un récit confectionné par deux personnes ; chaque écrits coloré de nos deux plumes.

Si vous avez tout lu, et peut être apprécié, ce sera avec joie que nous accueillerons vos commentaires (même de simples : "c'est pourri les gars, je crache dessus avec toute ma famille !", nous exulterais de bonheur).

Mais si au contraire, la lecture vous semble trop fastidieuse, sachez que l'expérience que j'ai vécu au côté de Drassouille pour la création de ce récit s'est avérée génial !


Drasah, un mot à rajouter ?
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 18:49

C'est pourri les gars, je crache dessus avec toute ma famille !

Plus sérieusement, la lecture en elle même est superbe, je vais pas te cacher que j'attendais la suite rapidement à chaque fois. Ça accroche super bien et ça change de ce qu'on voit habituellement ! Le hic, c'est que c'est trop violent (Que ce soit par les actes, les paroles ou la psychologie des personnages) pour avoir une chance de viser des joueurs dofusiens je pense, et rien que là, c'est un peu limite si des jeunes veulent le lire, ça reste un texte bien trop adulte à mon gout. Et ça ne rentre pas vraiment dans le jeu en plus...

Néanmoins, à titre personnel, j'ai adoré.
Bravo vous deux !

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 20:28

Pavé César !

J'étais pourtant sûre d'avoir laissé ma motivation dans le coin... je vais la chercher un peu et je lirai ça !

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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 21:25

Un mot ? Heu... givre ? Smile

Ton commentaire me fait sourire Leena, surtout quand on sait que Vic et moi avons tous les deux moins de 20 ans mais il est vrai, le texte est assez violent dans les aspects que tu as énoncés : actes, paroles et psychologie. Je ne te cacherai pas que c'était le but recherché, faire de nous des anti-héros, au passé obscur et douloureux, déterminés à créer un Ordre qui, bien que rassemblant une série de ces anti-héros sous une même bannière, les aurait avant tout laissés libres.

Enfin, ça ne rentre pas dans le jeu mais quel texte le fait réellement ? Nous n'avons utilisé que le cadre que nous a si grâcieusement offert AG et nous avons simplement rédigé un texte s'y déroulant (en touchant, il est vrai, quelques fois au BG officiel (nostra culpa))

Ton commentaire fait fort plaisir, ne méprends pas mes paroles, mais je souhaitais m'expliquer Smile

Pour revenir sur ce que Vic disait, je ne dirai qu'un seul mot : merci.

Tout d'abord, merci au Clan Selenyte qui m'a permis de te rencontrer, toi Vic, rôliste hors pair et qui nous a tous les deux fait évoluer dans notre RP pour en arriver à ce résultat qui, à mon sens, est plutôt sympatoche !
Et puis, naturellement, merci à toi Vic ! Ecrire ce BG a été ma plus grosse activité RP pendant mon séjour à l'étranger et je te le dois en grande partie, c'était un vrai plaisir et on se revoit dans d'autres mondes pour de nouvelles aventures Wink

Drasah
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MessageSujet: Re: L'âme des Proscrits   Mer 24 Aoû 2011, 22:32

c'est pourri les gars, je crache dessus avec toute ma famille !

(Quoi ? On l'a déjà fait ? Ouais mais c'est pas ma fauteuhhhh)

Ah ba enfin du bon RP avec du sang et des cadavres ! *sourire machiavélique* Dire que ça serait déconseillé aux enfants je ne pense pas, vu ce qu'ils regardent dans leur télévision.
Ça change du RP bisounours ça fait plaisir. Je vous aime les gars !

(A la base j'avais vu le sujet et je voulais juste lire les deux premiers messages pour voir de quoi ça avait l'air, mais j'ai pas pu m’empêcher, et j'ai tout ingéré)
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