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 Le récit d'Ainex : La hiérarchie des faibles.

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Ainex
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En Amakna
Identité: Ainex
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MessageSujet: Le récit d'Ainex : La hiérarchie des faibles.   Lun 25 Juil 2011, 11:54

Le vent de plaine venu de l’Est soufflait en rafale et faisait gigoter les ballons de la Foire du Trool. En ce jour de repos, de nombreux parents avaient amené leurs progénitures qui gambadaient gaiement entre les différents stands. On entendait ici et là un Monsieur Loyal qui annonçait de sa voix forte l’imminence d’un numéro, une femme enveloppée de graisse flasque qui invitait les gogos à faire tourner la roue qui leur promettait que regrets, des cries d’épouvantes venus du « manoir hanté » qui bourdonnaient les oreilles, mais ce n’était rien à comparé des rires stridents des enfants...
Au bas mot, la journée ne pouvait qu'être épouvantable ! Il aurait du se méfier, revenir un autre jour ou envoyer un homme à sa place, mais il était trop tard pour avoir des regrets... D’une main, le brâkmarien retint son chapeau qui manqua de s’envoler à cause de la ixième bourrasque impénitente.
Les pupilles du disciple Osamodas se rétractèrent pour observer la situation. Ils étaient cinq... Cinq bontariens hostiles parés de leurs coloris infects et jetant leur regard bovin sur Ainex, seul, sur le ring poisseux dont aucunes animations agitaient le sol surélevé. L'encerclé ne feignit aucune inquiétude, mais il analysa la conjoncture... Le constat était des plus néfastes : impossibilité de fuir physiquement puisqu’ils l’entouraient promptement et de toute manière il ne comptait pas reculer comme un couard ; l’espoir d’un combat « classique » lui paraissait aussi en son désavantage puisqu’ils étaient cinq avantageusement armés et leur compétence au combat était inconnue ; il était bien tenté de combattre à « sa » manière –ce qui lui aurait valu possiblement une victoire, sans doutes- , mais un bref regard sur les passants nombreux de la Foire lui fit comprendre qu’il y aurait des témoins... Et pas question qu’on sache ce qu’il est aussi facilement !
Il esquissa un geste vers ses potions mais une pensée l’arrêta ; il se rappela avec horreur où il se trouvait... A la foire du Trool... Et ce lieu était protégé par un champ magique qui interdisait la téléportation où autre moyen de fuite. Quelle déveine, ils avaient la force pour eux et lui, réduit à lui-même, n’était qu’un faible ! Ainex jura mentalement tout en gardant un visage tout à faire serein devant eux ; il n’allait tout de même pas bêtement mourir de cette manière ?!
Un homme qui portait un casque à crinière bleu contrairement aux autres retenait à peine son exultation et prit la parole :


-Reconnaissez, Ainex, que c’était bien joué.

L'acculé le reconnaissait, mais il ne répondit pas. L’homme lui paraissait trop heureux et bavard pour tenir à une épreuve du silence; il aura tôt fait de lui dire comment il avait fait.
Sans surprise, le soldat ne put garder pour lui son plan ingénieux, il en était trop fier :


-Nous avons appris par hasard que vous veniez à la Foire, je me suis dit que c’était le lieu et le moment idéal. Vous ne pourriez pas fuir à cause de la magie Féca qui protège ce lieu. Éloignez votre garde était aussi difficile, mais j’avais ruminé ce plan depuis bien longtemps et j’ai déguisé un homme avec vos vêtements pour tromper la vigilance de votre garde. Quelques mouvements dans la foule avec une pincée de bousculements et votre garde a suivi la mauvaise personne. Quand il s’est rendu compte de son erreur, il était déjà mort.

L’homme s’interrompit pour pouffer... Regardez le comment il en est fier ! Ainex maîtrisait son dégoût tandis que son cerveau tournait à en fumer. Ainsi, donc, il avait prévu depuis bien longtemps d’éloigner son garde... Cela veut-il dire que la milice lui avait donné une mission spéciale pour le tuer ou agissait-il à sa propre initiative ?
Ainex observait les quatre autres comparses du pouffeur. Deux très jeunes recrues, le premier écoutait assez distant, Ainex n’arriva pas à le sonder; il était impeccablement habillé mais son visage peu ridé et innocent trahissait sa jeunesse.
Le deuxième semblait stressé, il avait peur... De lui ? Ses yeux azur ne soutenaient pas les prunelles d'Ainex et ni de tous les autres. Il préférait contempler le sol tâché de graisse qu'un visage. Ainex décida de le désigner par "Peureux".
Le troisième, plus âgé, était sombre ; son armure était crasseuse et il puait de l’haleine jusqu’à lui ; l’homme le fixait étrangement d'un regard qui aurait fondu sur place Peureux. Il a la tête d'un homme qui a vu des horreurs... A moins que ce soit lui, l'horreur. Ainex le nommera "Crasseux".
Enfin le dernier était semble-t-il le plus âgé de tous dont les cheveux grisonnants s’échappaient éparses de son casque. Il était sans doutes le plus dangereux des cinq par son expérience; par contre, dans un combat, la vieillesse de ses membres devait l'handicaper lourdement et ses yeux pâles ne lui permettaient plus de voir grand chose. Ainex se prit soudainement de pitié quelques secondes pour cette homme au visage si misérable, mais il regagna son sérieux et fixa son pseudonyme : "Vieux".
C'est intéressant comme les hommes se plaçaient continuellement et sans doute inconsciemment selon la position hiérarchique qu’ils tenaient. Ainsi Ainex devinait très vite que le premier bavard était le chef –mais le premier imbécile l’aurait su vu comment il se vantait de diriger l’opération et comment son plastron brillait de prétention, le plus âgé était sans doute son lieutenant... Plus âgé que lui mais sous-fifre ?.... C’était à creuser... Les trois autres étaient sans doute des hommes de main de faible stature qui apprenaient sans doute le métier.
Le bavard continuait de cancaner :


-Vous allez sans doute me demander comment j’ai fait pour vous attirer sur le ring, n’est-ce pas ? En fait, c’est très simple, j’ai eu de la chance... J’aurai pu vous coincer ailleurs, mais vous êtes allé spontanément vous bloquer là, ce n’est pas génial ? J’ai guetté le bon moment et vous voici coincé !
-C’est « génial », bravo, je le reconnais. Puis-je connaître le nom de l’homme qui se sera montré plus intelligent que moi ?
-Bien sûr, je suis l’officier Clevelood. Vous avez sans doute entendu parler de moi ?
-Non, pas du tout.


Ainex le savait pourtant. Ces premières impressions se confirmaient : un bontarien pourri ambitieux comme jamais. Il a cru sans doute qu’il allait bien se faire voir en l’arrêtant ? L’homme était détestable et d’après ses indicateurs, l’homme marié et père de famille trompait allègrement sa femme en allant régulièrement dans le bordel du port de Madrestam. Un salopard bontarien comme il en connait plein, en somme.
A la réponse d’Ainex, l’officier se rembrunit :


-Retirez votre sac et tout ce qu’il y a de tranchants, Ainex. Soyez bon joueur, vous êtes fait.

Ils avaient la force de leur côté, oui. Mais il fallait tâcher de ralentir les choses.

-Sinon, quoi ?


Il pouvait se permettre d’être impertinent. La foire était animée d’une foule bavarde. Il était quasiment sûr qu’ils ne tenteraient pas de le tuer en ce lieu avec tant de témoins. Aussi nauséabonde qu’est Bonta, jamais ils se permettront d’attaquer déloyalement un homme devant tant de monde alors qu’ils prétendent être le Bien. Du moins... Ainex l’espérait.

-Sinon ? Je me ferai une joie de t’égoutter en cette place ! Regarde donc ce seau à côté, il a déjà essuyé plusieurs de nos meurtres ici même.


Pure mensonge. La bassine était effectivement légèrement teintée du liquide vermeil, mais c’était à cause de combats plus ou moins amicaux qui avaient lieu à la Foire du Trool qui n’induisaient pas, normalement, la mort... Généralement. La plupart des fluides corporelles qui s’étalaient en ce lieu n’étaient que de la sueur et de l’urine pour les plus... malchanceux.
Ainex ouvrit la bouche afin de répondre lorsque le plus jeune mystérieux prit la parole :


-Enfin... Chef... Nous ne devrions pas mentir. Bonta est Pure et Juste, nous devrions l’amener sainement à Bonta pour le faire juger.

L’officier cracha.

-Qui t’a donné la parole, hein ? T’es un jeune naïf, non ? Tu crois que les brâkmariens, eux, prennent le temps de toutes ces fioritures ? Mais ne t’inquiète pas, s’il ne fait pas de résistance, on l’amènera sain et sauf voir la « Justice » de Bonta. Tu l’aimeras, hein, Ainex ?

Le disciple Osamodas ne rétorqua pas, mais le plan de la situation se dessinait peu à peu dans sa tête. De plus il avait trouvé désormais trouvé un sobriquet pour le dernier soldat dont il n'avait pas pu lui donner au début; ce sera "Naïf", même si "idéaliste" aurait pu faire l'affaire. Il laissa regagner le silence et comme l’officier était un bavard, sans surprise encore, il reprit la parole :

-Hey ! Si tu délivres peut-être assez de secrets et que tu te repentis bien, peut-être que comme lui,
il désignait le Crasseux, tu seras pardonné et tu travailleras pour nous ! Tes contacts ne seront pas de refus de notre côté et on saura te considérer comme il faut ! Pense-y bien, tu peux encore vivre et même gagner de l’argent. Ne fais pas de bêtises !

Ainex lui sourit. Il ne souriait pas pour le compliment qu’on lui faisait puisqu’on lui avouait que cela ne les déplairait pas qu’il leur fournisse ses talents, mais il souriait pour l’imbécilité confirmé de l’officier. Il lui fournissait les cartes une à une sans qu’il ne s’en rende compte.
Le moqueur regarda celui que l’abruti désignait ; le Crasseux continuait à le fixer immobile, son teint ne lui disait rien qui vaille. Vu l’état quasiment dépravé dans lequel il se trouvait, il ne devait pas être très heureux du côté bontarien non-plus. Il n’en reste que c’était un traître et Ainex retint de grimacer de dégoût en le voyant.
Il détacha son regard de la puanteur.


-Enlève ton sac, Ainex, une dernière fois !

Avec une lenteur calculée, il laissa glisser son sac sans non-plus s'en décharger. L’officier trépignait d’impatience. C’était bon, ça, plus l’officier s’énervera, plus il fera des erreurs.
Son teint devenant violacé et haussa le ton :


-Tu vas te dépêcher, oui ?

Des passants se retournèrent interloqués. L’officier s’efforça un sourire bienveillant à la foule comme pour dire « tout va bien, on discute entre amis ». Il se figea avec ce sourire jusqu’à ce que le dernier des gamins curieux retourne son regard vers une peluche que lui tendait sa génitrice.
Aussi longtemps que l'encerclé restait au milieu des badauds, il bénéficiait de la protection ‘morale’ que Bonta s’était elle-même donnée ... Mais la nuit venait et ils allaient tôt ou tard être mis dans un endroit plus ‘isolé’, et là, les perspectives de ce qui lui arriveraient lui produisirent quelques frissons dans le dos.
L’officier se retourna murmurant à Ainex :


-Je me ferai une joie de te torturer si tu ne fais pas ce que j’entends.

Sa voix tremblait mais le murmure ne dissimulait pas l’accent de sincérité de ses propos. Naïf ouvrit la bouche pour sûrement sortir une larmoyante phrase du genre « Oh, non, c’est pas bien ! Bonta est Juste ! », mais Ainex attisa les flammes en le devançant :

-Sais-tu qui je suis, Clef-Lourd ?

Il s’amusait à déformer les noms. L’officier appréciait moins l’humour du disciple Osamodas et grinça des dents :

-Clevelood !
-Non, je suis Ainex.


La blague tomba à plat, mais le brâkmarien lui ria au nez et continua :

-Je suis membre du Consulat des Tempêtes Pourpres. Crois-tu qu’il apprécierait que l’on me tue ainsi ? Tu risques de ne pas vivre longtemps en me menaçant. Et ne crois pas être en sécurité nulle part. Nous avons bien tué l’un de vos meilleurs hommes, non ?

La brume qui passa un instant dans les yeux de l’officier indiqua à Ainex qu’il devait se remémorer quelques souvenirs. L’invocation géante du Chevalier n’était sans doutes pas passé inaperçu dans leur Cité Bleue.
Le brâkmarien ajouta :


-Alors un petit officier comme toi, pense donc ! Tue moi et mes collègues voudront se venger et te pourchasseront nuit et jour pour que tu crèves. Tu ne vivras pas une nuit sans répits sans que tu puisses craindre un matin la présence d’un poignard dans ton cœur. Tu pourras demeurer le jour la dague à la main, tu ne sauras jamais si le noir venu, ta main tiendra un de tes viscères.Toi et tes hommes, ne vous mettez pas spécialement dans la liste noire du Consulat !

A « hommes », Ainex pointa de son index non sans hasard sur Peureux. L’effet escompté eut bien lieu sur lui et hoqueta un petit crie de terreur. Mais l’officier ne se fourvoyait pas.
De toute manière, le Pourpre exagérait les choses. Il ne savait aucunement si Voulcanos bougerait le moindre petit doigt si un tel cas arriverait. Qui sait, même, y prendrait-il du plaisir à apprendre sa mort ?
L’important n’était pas là ; il savait très bien que des menaces n’allaient pas arrêter l’officier en une telle situation. Tout ceci ne lui avait servi qu’à cerner le terrain et maintenant qu’il le connaissait, tout s’éclairait dans sa tête et maintenant il savait que faire.
Clevelood trancha :


-Ton bavardage est fort intéressant mais même si ton groupe peut se vanter de quelques petits exploits, vous n’êtes pas capable de nous capturer la moindre once de terrain sur le Continent. Alors, crois-tu que tu me fasses peur ?

Il tendit la main :

-Ton sac et tes armes !

Non sans hésitations, Ainex se démit de ses armes blanches. Lentement, sous le regard impatient de l’officier, il déposa son marteau, ses dagues et autres instruments dissimulés à usage qui n’étaient connus que de son possesseur. Il s’abstint tout de même de se soustraire à une dernière arme : un parchemin et une plume dissimulés dans sa manche droite.
Il ôta enfin son sac et le tendit au Crasseux comme si on choix n’était que ‘loterie’. A son soulagement, il le prit naturellement et l’officier n’en tenait pas rigueur pendant qu’il ordonnait au Vieux de prendre les armes et mandat Naïf de le fouiller ; il ne remarqua ni le parchemin ni la plume, il cherchait plutôt quelque chose de dur qui aurait pu être une dernière arme ou une potion de téléportation dissimulée.
Enfin, ils commencèrent à l’amener, Peureux lui tenait l’épaule droite, Naïf le gauche, surveillait derrière Crasseux tandis que devant Clevelood ouvrait la marche suivi de Vieux.
Ils descendirent du ring et se faufilèrent tant bien que mal vers la sortie de la Foire. Pendant sa marche, le Pourpre glissa ses mains derrière son dos, y fit glisser sa plume et son parchemin et commença d’écrire quelques mots de cette position en servant de son propre dos comme appui ; c’était délicat mais pour l’avoir fait plusieurs fois, il arrivait à un résultat moyennement lisible. Mais jamais il avait tenté d’écrire pendant qu’il marchait, flanqué de cinq troufions dans une marée humaine.
La troupe était enfin sortie de la Foire et ils se positionnèrent à l’écart, à l’abri derrières les palissades qui protégeaient du fort vent mais pas des rires insupportables de mioches. Il n’y avait plus de témoins, tout était désormais possible. Ainex avait perdu sa maigre protection.
Le garde se retourna et fouilla dans sa poche pour en sortir une fiole bleue qu’il montra goguenard à son prisonnier ; celui-ci dût s’efforcer, avec toute l’impassibilité qu’il en était capable, d’éviter de blêmir devant ce que cela annonçait. Dans quelques instants, on l’amènera à Bonta et ce serait fini pour lui : les geôles, l’interrogatoire, le ‘procès’ -s'ils en prenaient la peine- et sans doute l’exécution. Il était temps d’agir et vite mais Ainex avait prévu un peu plus de temps et il devait désormais le chambouler.
Pendant que l’officier s’approcha de lui, le Pourpre s’adressa à lui avec le ton le plus neutre possible :


-Ah, j’oubliais ! T’ai-je prévenu que je savais lire dans les esprits ? Je ne te connaissais pas il y a quelques temps, mais maintenant...
-Foutaises, tu crois que je vais gober ça ?


« Mensonges, sûrement... » se dit Ainex mentalement, « mais pour autant tu en auras vite des doutes... ».

-Ah, oui ? Alors vas-tu me faire l’imprudence de me contredire si je te dis que tu as trois filles et deux garçons. Comment va Roselyne, d’ailleurs, le polichinelle qui occupe son ventre n’est pas trop fatiguant pour elle ?

Les yeux de l’officier changèrent soudainement mais la réaction de ses comparses à côté de lui indiquait que ses mouchards ne lui avaient pas menti.


-Comment sais-tu ça ? Et de toute façon, cela ne veut rien dire !
-Comment réagirait-elle si elle apprenait que tu la trompes quotidiennement dans le bordel du port de Madrestam ? Ses vieux seins flasques sont tombés trop bas pour toi ?


Une rage se dessina sur les traits de l’officier :

-Je t’interdis de dire ça de ma femme ! Je n’ai jamais trompé ma femme !
-Qui est un menteur effronté, ici ? Même ton collègue le sait, je l’ai lu dans sa caboche !


L'insolent brâkmarien montra Vieux et celui-ci se contenta de rester muet... Cela disait tout. Les yeux surpris qu’ils lui jetèrent confirma à Ainex que les doutes les assaillaient concernant ce pouvoir « télépathique » dont il se vantait... Pourtant, ce n’était rien de tout cela, lorsqu’il avait mentionné le bordel de Madrestam, il lui avait suffit de remarquer le manque de surprise chez le Vieux contrairement à Naïf et Peureux. Une simple déduction un peu osé avait fait le reste.
L’officier s’étrangla, il ne pouvait plus nier et l’éclatement de son mensonge était désormais prouvé par la réaction de Vieux lui-même. Le menteur ridiculisé, Ainex pouvait désormais en profiter pour y insérer des fabulations pures dans les vérités qu’il connaissait :


-Par contre, je suis sûr que tu n’as jamais avoué à tes confrères comment un incapable comme toi a pu devenir officier aussi rapidement, n’est-ce pas ? Je te comprends, je doute qu’ils apprécieraient s’ils apprenaient que tu as forcé ton supérieur de te donner le rôle de lieutenant juste avant que tu l’assassines pour prendre sa place ? Tu n’as aucunes morales pour ton ambition !

Le visage de son vis-à-vis en devint si noir qu’Ainex craignait qu’une apoplexie l’achève, ruinant ainsi les seules chances du Pourpre de sortir indemne, mais finalement il lui hurla :

-MENSONGES, MENSONGES ! Ferme ton museau, Ainex, ou je te tuerai dans l’instant !


Ainex profita de la furie aveugle du colérique pour glisser son parchemin plié dans la poche de Crasseux. Le Crasseux le remarqua, mais au lieu d’en avertir son chef, il en lut discrètement le contenu : « Bonta ne t’a pas récompensé à ta juste valeur et ne te fais pas d’illusions, jamais les bontariens ne confieront un grade plus élevé que dans lequel tu te trouves. Si tu m’aides, tu en seras bien plus récompensé et tu ne vivras pas dans l’état de servitude tel que tu l’es en ce moment.
Je ne te demande pas de combattre pour moi, non, simplement tu as mon sac. Fouille-le et prends donc la fiole rouge avec des tâches violettes. Fracasse-la au sol lorsque tu sentiras le moment le plus opportun venu. Une épaisse fumée opaques s’en échappera et j’en ferai de même avec toi.
Richesse et or et pouvoir t’attende si tu me suis. Tu hésites sûrement, mais pense bien que cela ne peut qu’être meilleur que ta position actuelle de quasi esclave ! »
Le message était classique et sûrement pas suffisant pour le persuader. Mais déjà si Crasseux pouvait imaginer qu’Ainex avait des pouvoirs télépathiques, on pouvait espérer que si la situation devienne alarmante, le déloyal en profiterait, peut-être, pour l’aider. Du moins, Ainex allait tout faire pour le vent tourne en sa faveur.
Ainex continuait de provoquer le gradé :


-Tu t’es déjà parjuré plusieurs fois, Clevelood, je te conseille d’arrêter. En me tuant, tu assassines l’homme qui ne dit que révéler la vérité et la justice qui te fait grandement défaut ! Si je crève par ta main, tous tes hommes, par leur passivité, et toi, prouveront de quelle espèce est votre Cité ! Vas-tu me forcer à dévoiler pourquoi tu empêches tant cet homme d’accéder au grade qu’il mérite ?

Ainex tendait le doigt vers Vieux et ajouta à l’officier :

-Tu racontes des bobards à ta hiérarchie concernant ses compétences que tu jalouses. Lorsqu’un grade d’officier supérieur s’est libéré et qu’un de ses anciens supérieurs affichait l’enthousiasme de l’y voir, tu as peint son portrait d’une si mauvaise manière et l’as tant rempli de calomnies que finalement le choix ne se porta pas sur lui comme il aurait dû. Juste pour ton ambition personnelle et ta jalousie !

Un crissement d’épée indiqua à Ainex qu’il était allé trop loin. Clevelood cria un juron et abattit son épée sur Ainex qui ne put que reculer par instinct, mais cela ne changeait rien à l’issu mortelle que lui promettait l’épée qui se dirigeait pour le couper en deux.
Miraculeusement -ou pas tant que ça-, Naïf interposa son épée et dévia le coup. Il lui cria :


-Non, Clevelood, nous sommes bontariens ! Je me suis engagé pour combattre l’injustice et les fêlons ! Je ne veux pas tâcher mon honneur, amenons le ! Et... Et tu me sembles bien pis que lui ! Ce n’est pas lui qui devrait mourir !


Le visage de son supérieur s’assombrit encore un peu ce qui était déjà un exploit vu le teint qu’il tenait précédemment. Déjà stupide de naissance, la colère achevait de l'abrutir. Il était désormais ridiculisé mais en plus s'ajoutait le jeunot et ses paroles saintes. S'en était trop !


-Je t’avais déjà prévenu de ne pas t’emmêler. Je prends cela comme de la traîtrise. Crève donc pour ce vaurien de brâkmarien si tu veux !

Il s’adressa aux trois autres :

-Tenez bien Ainex le temps que je égorge l'avorton !


L’officier attaqua Naïf qui ne faisait visiblement pas le poids. En deux attaques, les entrailles de l’idéaliste étaient à l’air. Pendant ce bref moment de distraction, Ainex se défit sans mal de l’étreinte de Peureux qui n’osait pas ébaucher un geste contre lui et commençait à s’éloigner d’eux. Vieux ne fit aucun geste pour le contenir; pourquoi allait-il donc continuer à participer à une mission qu’il souhaitait devenir un fiasco ? Crasseux non-plus n’esquissa aucun mouvement pour contenir Ainex, au contraire, il fouillait dans une sacoche et les bruits de verre qui tintaient révélait ce qu’il cherchait.
Un gargouillement étouffé conclut la vie de Naïf et Clevelood se retourna vers lui. Ainex recula de trois bons pas. Un très court reflet de verre zébra le sol herbeux puis le bruit d’un cristal brisé. Une déflagration aussi forte qu’instantanée sur un rayon de quelques pieds s’érigea et manqua de peu d’atteindre le brâkmarien.
Lorsqu’Ainex put rouvrir les yeux, il ne restait plus que des cinq hommes que des cadavres cramés. Le survivant put enfin se risquer un sourire puis un rire.
Naïf, l’idéaliste, était mort de la main de son supérieur indigne. Clevelood, Peureux, Vieux avaient été tués de la main de Crasseux, le félon, grâce à la potion de feu d’Ainex. Enfin le traître, avait été lui-même trompé par Ainex qui ne lui mentit sur ce que refermait réellement la fiole qui n’en renfermait que sa propre mort... En effet, le contenant rouge à tâches violettes ne contenait non-pas un sortilège fumeux mais un chef d’œuvre pyrotechnique qui brûlait tout dans un rayon de quelques mètres seulement.
Le manipulateur, Ainex, était le seul survivant, lui, qui s’était suffisamment éloigné de la déflagration à courte portée ; il n’avait même pas eu besoin de combattre pour tuer. Ce sont les Faibles qui combattent et non l'inverse.
Ironiquement, toute cette histoire résumait la plupart de la hiérarchie du ‘plus fort’. Ainex en ricana pendant qu’il titillait du pied le visage désormais éternellement noir de l’officier. Il se pencha vers son oreille grillée et lui susurra :


-Je te remercie de tes précieux renseignements. Sans toi, je doute que Naïf se serait retourné contre toi, ni, non-plus, aurais-je pu deviner l’origine traître de Crasseux et en profiter, ni encore ton fidèle lieutenant se serait permis de me relâcher si la haine que je lui ai crée envers toi n’était pas suffisante pour te faire foirer ton plan. Je te remercie... Du fonds du cœur.


Ainex s’interrompit quelques minutes pour apprécier leur silence. On n’entendait plus la foule heureuse derrière la palissade ; le soleil s’en était allé et les familles avec. Seul l’éternel vent de l’Est sifflait à travers la palissade de bois. Le Pourpre se releva et considéra les cinq cadavres :

-Finalement... Vous pouvez avoir la force de votre côté et le nombre, vous resterez des Faibles.
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